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Trajectoires inversées du langage politique au Sénégal : la pauvreté des conversations qui inspirent

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Le monde politique sénégalais est depuis longtemps en pleine effervescence, bruyant, à qui mieux mieux, sans débats intéressants porteurs de transformations structurelles et durables. Pour beaucoup de profils « politiciens », il reste à s’approprier l’art des « leaders-coachs » qui comprennent que les conversations inspiratrices sont les clés du succès et de la transformation. En fait, la transformation structurelle se produit parce qu’à un moment donné de l’histoire émerge et s’affirme un dirigeant, quels que soient ses attributs et ses pouvoirs, dont le cercle rapproché est hautement performant, éthique et intègre. Il peut aussi se produire un tournant significatif vers la transformation structurelle  lorsqu’en outre émergent et s’affirment des leaders catalyseurs, débarrassés du culte du « moi », du « je », capables de mener des conversations convaincantes et inspiratrices. De nombreux écrits sur le leadership traitent en détail de ces conversations qui inspirent et mobilisent sur une œuvre collective de changement arrivé à maturité. Ce tourbillon se produit aussi lorsque que des leaders transformationnels incarnent leurs fois et convictions par leurs cercles rapprochés, le culte de la méritocratie, leurs expertises, leur pedigree, leur persistance, leurs capacités d’innovations, leur résilience et l’exemple qu’eux-mêmes donnent aux autres, aux sceptiques, aux attentistes ; lorsqu’ils donnent la preuve qu’ils ont su innover en créant de créer des disruptions et des vortex.

Dans la réalité, plusieurs « naysayers » vous diront que la politique, ce n’est pas cela, que vous n’avez rien compris si vous raisonnez ainsi, que les gens ne croient pas à cela, ne raisonnent pas ainsi. C’est vrai, cela saute aux yeux ! La politique est l’un des domaines où les gens tirent des conclusions pour tous les autres, sans sondages, sans échantillonnages, même sans recherches littéraire, etc. Mais, en l’occurrence, le discours soutenu ici n’a rien à voir avec le langage révolutionnaire ou généralistes que l’on entend jour et nuit par lequel certains promettent le changement aux sénégalais que les gens ont fini par appeler « politique ». En fait, les sénégalais sont aussi coupables de croire naïvement à de tels jargons : les causes en sont multiples et méritent à elles seules des analyses appropriées.

Les conversations des leaders inspirateurs du changement qui mobilisent et finissent, par la mobilisation d’un effort collectif, à changer vos sorts sont orientées vers la réalisation d’une œuvre collective susceptible d’impacter vos vies, vos organisations, vos capacités à prendre en main vos propres destins. Vous y verrez l’image de leadership qui ne se définit pas comme un héros extérieur qui changera vos sorts, comme par magie, mais celle d’un leader qui crée d’autres leaders capables de les remplacer, qui mise sur un cercle rapproché et des coalitions pour l’excellence. Cette dernière capacité à créer des coalitions fortes pour l’excellence, formelles ou informelles, compte aussi pour  consolider des dynamiques en provenance de plusieurs forces, de la société civile, du secteur privé, de « Think Tank », d’entrepreneurs, plus généralement de créateurs d’idées et de richesses, des détenteurs de savoir, etc. Les membres de coalitions pour l’excellence partageant des valeurs communes de leadership dont la finalité essentielle est d’agir pour transformer, pour créer plus de valeur, pour amener les gens à lever les obstacles, lever les résistances. Ces coalitions pour l’excellence sont ainsi des leviers de transformation structurelle d’équipes soucieuses de donner un sens à l’urgence et à cet égard de convaincre les gens que le statu quo actuel n’est pas tenable et n’est pas de leur intérêt. Elles existent pour influencer positivement l’avenir par des membres partageant les mêmes idées, soucieux d’accélérer l’agenda des réformes et d’éviter que les promesses politiques ne soient des amas et catalogues de projets. En fait,  les gens ne changent pas spontanément. Le voyage de la transformation passe par des étapes d’introspection, de préparation et d’action, à cet égard le leader assume ce rôle de catalyse, d’impulsion et de consolidation.

Si vous escomptez l’arrivée de tels leaders, analysez-leur passé et présent, leur langage et leurs projets: quand ils s’adressent à vous, ou investissent vos sous que vous avez mis à leur disposition en payant les impôts, de quoi ou de qui parlent-ils ? D’eux-mêmes, de  leurs propres rêves de grandeur ? Des autres, de vous ou des rêves de votre grandeur ? De ce qu’ils pensent leur propre grandeur à eux ?

Ces grands  leaders sont des connecteurs talentueux qui ont compris que « communiquer c’est bien, se connecter, c’est mieux. »

Arriver à ce stade de leadership pour l’excellence suppose que ces « héros » soient prêts à déployer  d’intenses efforts pour écouter et poser des questions au lieu de parler à la place des autres de leurs sorts. Un de leurs talents, c’est cette capacité sous-jacente à impulser des initiatives porteuses d’impacts pour les gens, pour les autres ; c’est cette capacité d’influencer la vision, la culture, le leadership et les talents des autres. En outre, ce leader transformationnel ne peut se désintéresser des questions d’éthique, d’équité, de valeurs et d’attitudes, mais cela demande beaucoup de courage et de désintéressement.

Les conversations inspiratrices pour le changement, par exemple des discours programmatiques, des messages sur les impacts, qui devraient animer l’essentiel des débats politiques n’existent pas encore. En lieu et place, des conversations qui vitupèrent, menacent, insultent, un langage politique comme un art oratoire de la violence, de l’intimidation qui cache des incapacités à argumenter, qui ne vous parle jamais de ce qui est critique pour votre transformation, ni du comment, ni de dispositifs, ni d’outils, de méthodes, ni de valeur ajoutée ou de valeur d’intégrité, d’éthique, de transparence, de performance, etc.  En voilà les véritables mots clés du changement. Oser emprunter ce chemin de la politique autrement est risqué, car cela suppose le courage de la persistance de choix disruptifs, des profils prêts inverses prêts à courir le risque de l’isolement pendant un temps politique historique donné. Tel est le grand piège de la politique sénégalaise, des politiciens sénégalais, des fuites de responsabilités, des « naysayers » qui découragent toute autre voie disruptive de la « politique politicienne » pour emprunter ce dernier terme à Leopold Sédar Senghor.

Mais en attendant, le cercle vicieux continuera jusqu’à son épuisement, avec cette pression tendant à faire croire aux générations actuelles que « la politique » c’est cela, que « le politicien », c’est ce prototype. On est loin de l’émergence de leaders capables de créer cette masse critique prête à lever les vrais défis des gens, des autres, capables de formaliser des modèles et des processus de gouvernance, de management et de surveillance catalyseurs de la création de valeurs, de richesses, de pensées fécondes, d’attitudes, de comportements. Des leaders politiques sérieux devraient pouvoir attester de cette crédibilité par la preuve d’un passé ou d’un présent qui valide en eux une vision forte en ce sens, la traversée d’expériences significatives, de pensées et d’actions présumant la capacité à initialiser et à définir les défis et un état futur désirable, de libérer les talents et les énergies, de faire faire au lieu de faire à la place de ceux qui savent et peuvent, de transformer les citoyens en acteurs de leurs propres destins.

Pour le moment, le débat est flou, le paysage politique aussi !

Ne pas se prononcer sur les questions et enjeux ci-dessus, « c’est acheter un serpent qui est encore quelque part dans un trou », pour parler comme l’adage wolof.

Le grand leader et son équipe qui changeront ce pays seront des « disrupteurs », des gens dotés de la capacité de créer des océans bleus au niveau économique et nous sortir de l’océan rouge de la bagarre ensanglantée, des affirmations peu scientifiques et émotionnelles et peu productive de la politique politicienne! Comme cet ancien Président des Etats Unis, Theodore Roosevelt, ce seront aussi des leaders qui croient que “Le meilleur dirigeant est celui qui a le bon sens de choisir des hommes de valeur pour réaliser ce qu’il veut voir être réalisé et qui a suffisamment de retenue pour éviter de s’ingérer dans ce qu’ils font pendant qu’ils le font.”

Si vous trouvez sur votre chemin des politiciens qui n’ont pas ces ambitions stratégiques fortes, ni un vortex stratégique qui déclenchera le tourbillon des vertus transformationnelles, ni à leur disposition d’équipes compétentes et un cercle rapproché qui incarnent certains attributs, dites-vous que l’intense tourbillon déclencheur de la transformation, «  des océans bleus » prometteurs, des disruptions courageuses permettant de  renverser les tendances dysfonctionnelles en notre faveur sommeille encore quelque part et reste à découvrir.

En fait, le vrai et durable changement transformationnel n’est pas une épreuve solitaire ; il a pour socle une passion pour l’excellence, pour un leadership qui crée d’autres leaders, pour des talents incontournables qui font le bon travail, surtout dans une organisation aussi vaste et complexe qu’un état. Car ce sont des équipes qui gagnent dans ce monde de haute compétition, qui imaginent et concrétisent de disruptions continues, qui accomplissent des choses qu’un seul cerveau ou individu ne saurait accomplir seul.  Alors les leaders dont vous avez besoin ont l’esprit critique des changements intelligents dédiés aux impacts au profit des autres, de leur développement et de leur prospérité, des capacités à aiguillonner, à donner le sens des défis aux autres, à vous-mêmes ; ils ne cherchent pas leur propre et solitaire succès car ils ont compris que cela dépend aussi des autres et qu’aujourd’hui, ce sont les équipes excellentes qui gagnent.  L’avantage de ce credo, c’est qu’il éduque, finit par instiller des pratiques qui altèrent les pulsions émotionnelles de l’égo qui peut succomber aux doux facilités du confort, des avantages et aux feux scintillants des protocoles du pouvoir. A l’instar de la loi de l’addition qu’enseigne les coachs de la communauté John Maxwell Team « Le fondement du leadership n’est pas comment nous pouvons aller très loin   en tant qu’individu mais comment nous pouvons faire avancer les autres.  Les leaders ajoutent de la valeur aux autres en étant à leur service et ce n’est que si  vous êtes désireux d’ajouter de la valeur aux autres par des services concrets en leur faveur que vous allez devenir un meilleur leader ».

Certes, comme déjà dit précédemment, sans dispositifs, sans systèmes, sans outils, sans capacités, sans valeurs d’excellence, sans une culture collective de leadership transformationnel, sans gouvernance, sans management, sans surveillance, prévaut l’illusion de la transformation coûteuse. Quelque part aussi, le destin d’un grand politique réside dans sa capacité à devenir un grand « leader-coach » qui sait écouter, patienter, passer de « moi » à « nous », pour arbitrer et décider.

Si vous voulez la transformation durable qui impactera vos vies, vous avez besoin de leaders qui vous proposeront une « expérience-client » centrée sur la création de valeur à votre profit, au profit de vos enfants, de vos parents, de vos entreprises, de vos chantiers, de votre pouvoir d’achat, de votre prospérité et éducation financière face aux affres de la pauvreté, de vos projets et de vos autres rêves de votre propre grandeur, pas au profit de leurs rêves à eux ou de leur propre grandeur. Faudrait-il encore des leaders qui montrent la voie, donne de la voix, qui vous élèvent, qui sont vos compagnons, vos guides, passionnées des gens, des citoyens, de vous pour que vous fassiez vous-mêmes les transformations. Alors, se poser les bonnes questions du « Qui? Avec qui? Quoi ? Pourquoi ? » est essentiel tout aussi que disposer des méthodes et du temps qu’il faut pour cerner de tels profils !

C’est vrai que ce chemin est ardu et suppose beaucoup de sacrifices, de la curiosité des explorateurs, de la patience, de la persistance, de la passion et un peu la conviction que cette phrase qu’on prête à Gandhi a du sens : « Premièrement, ils vous ignorent, ensuite, ils se moquent de vous et rient de vous. Ensuite ils vous combattent. Ensuite vous gagnez. » Le chemin peut être long.

Abdou Karim GUEYE, écrivain. Inspecteur général d’Etat à retraite. Ancien Directeur général de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature du Sénégal. Coach, Conférencier et Formateur Certifié chez JMT Orlando. Consultant international en gouvernance, management public et des organisations, surveillance et transformations.

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