Davantage qu’un programme, Abdoul Mbaye a présenté un projet de société pour le Sénégal à reconstruire


Quand émerge un nouveau programme, le risque est grand qu’on fasse dire à quelqu’un ce qu’il n’a pas dit, qu’on omette ce qu’il a déjà dit comme ce fameux paradigme « des gens aptes à réaliser leurs rêves. » Pour certains, c’est aussi le temps d’enrichir leurs slogans ou de s’en approprier. Comment peut-on méconnaitre que la vision décrite par le président Abdoul Mbaye consacre une nouvelle action économique et un pari sur l’accroissement des capacités des sénégalais que les politiques publiques antérieures ont marginalisées et transformées en « petites gens » condamnées à subir, à approuver, à applaudir, à transhumer ? Du Top down, tous azimuts ! Pour l’ACT et son président, il s’agit de concrétiser des stratégies destinées à mobiliser les citoyens et à tirer profit de leurs talents : les groupements féminins, les entrepreneurs, les créateurs de richesses et de pensées, les artisans, les mécaniciens, les ferrailleurs, transporteurs, les tailleurs et spécialistes de la confection, les cordonniers et la maroquinerie, les artistes, les bijoutiers et orfèvres et les agriculteurs, les médiats, etc. L’impératif majeur n’est-il pas alors de leur permettre de réaliser leurs rêves, « leurs propres plans » ? Indubitablement, c’est le sens de ces credo de l’ACT et des options clairement exprimées lors du discours-programme:

  •  « L’argent du Sénégal dans les collectivités locales, les terroirs et les banlieues, au profit des populations à la base », de Dakar vers l’intérieur.
  • Une nouvelle vision de la décentralisation à la fois de nature institutionnelle et économique avec les pôles-régions, une Casamance réincarnation l’idéal d’une vraie décentralisation, la connexion du sénégal par le rail, etc.
  • La primauté de la stratégie de substitution aux importations comme réponse à donner à notre première priorité que représente l’éradication de la faim et le recul rapide de l’extrême pauvreté, et comme levier de développement de la semi-manufacture et des manufactures.
  • Le patriotisme économique avec les crédos « Le Sénégalais d’abord », « la défense du sénégal basée sur le respect des intérêts réciproques en matière d’accord de pêche, de ressources naturelles, le rôle incontournable du secteur privé sénégalais, etc….
  • C’est donc un peu trop simpliste de qualifier le programme de l’ACT de relent du Capitalisme ou du Socialisme d’Etat selon que c’est le pilotage par l’Etat ou par les forces du marché qui prévaut. Souhaitons que plusieurs sénégalais « décomplexés » aient dépassé ces idéologies pour ne point s’y enliser. Existe-t-il vraiment un modèle universel ? Adapter, non adopter est le meilleur credo.

De par son histoire, l’Amérique a choisi d’honorer les forces du marché et de l’innovation, les penseurs et les créateurs de ruptures entrepreneuriales, technologiques ou autres. Elle est née libérale avec des pères fondateurs patriotiques, intensément visionnaires qui se sont méfié d’un exécutif trop fort, capable d’imposer unilatéralement sa volonté aux citoyens, au parlement et aux juges, jaloux de leur liberté, de la démocratie, de l’indépendance du peuple souverain, conscients qu’il leur faut laisser un héritage. Elle est entrepreneuriale, a produit la Silicon Valley, le capital-risque, les centres d’incubation, des universités qui pensent, recherchent et trouvent et qui contribuent à la création de la richesse et du futur, toutes choses que plusieurs entrepreneurs et pays du monde s’efforcent de copier. On pourrait peut-être reprocher à ce pays tant de choses : reconnaissons qu’elle est encore une très grande puissance et un grand leader économique et technologique. Dr. Sarr qui, semble-t-il, est un adepte d’une sorte de nouvelle crypto-monnaie pourrait difficilement jeter aux oubliettes ces acquis et leur processus de réinvention continue.

Dr. Sarr semble aussi se méfier d’un pilotage décisif par l’Etat, ce qui serait du socialisme. Si certains doctrinaires et « politiques » étiquetés comme des « conservateurs » aux états unis peuvent se permettre une telle qualification, d’autres l’appelleront sans doute capitalisme d’état. Quoi qu’on puisse dire, la Corée du Sud a réussi à se développer et à s’affirmer avec ce système. Des pays comme Dubaï ont développé un modèle où le leadership transformationnel de dirigeants au sommet a complètement changé ce pays. Ce fut le cas à Singapour ou en Malaisie où un processus impulsé par l’Etat et le gouvernement, avec un large portefeuille de travaux destinés à améliorer la vie des citoyens.

Quel que soit le modèle, on constate que la stratégie de portefeuille des investissements retenue est importante. A Dubaï, par exemple, elle a été formalisée pour mettre en place le tremplin qui permettra l’accélération continue de la croissance. Par exemple, le portefeuille originel a été défini autour du Vortex « port, aéroport, hôtels, tourisme, malles, free-zones, les entrepôts, la position géographique du pays », naturellement avec des choix de fiscalité… Il a été défini aussi autour de crédos : « Ce qui est bon pour les affaires est bon pour Dubaï », ou « Créer et ils viendront » « l’ouverture au monde et sur le futur ». Un tel portefeuille combiné à un leadership transformationnel au sommet de l’état a permis le changement par un « Strategic Vortex », une sorte de tourbillon qui déclenche le cercle vertueux fondé sur le credo : « Créer, Accélérer, Optimaliser par des effets de levier . » Ce n‘est pas notre propos de détailler ici ce modèle de pensée et de management stratégique. Mais c’est là une option de l’ACT : ce n’est pas la multiplicité des projets et programmes lourds et couteux qui compte, comme on l’a vu ailleurs, avec peut-être plus tard des grues à l’arrêt, un endettement difficilement compressible obligeant à une stratégique de retournement drastique, à la réduction des dépenses publiques et à la restructuration de l’économie, des entreprises privées menacées par la faillite du fait d’arriérés non-recouvrées et dont la logique de fonctionnement dépend largement de la disponibilité de fonds de roulement et de trésorerie, etc.

En outre, Dr. Sarr convoque la deuxième idée fondamentale au cœur de sa doctrine économique : la monnaie, la liberté monétaire. En fait, il semble nous dire : « faites ce que vous voulez, si vous ne maitrisez pas cet outil, vous ne réussirez pas. » Là pourtant, le discours-programme admet que sous la gouvernance de l’ACT, bien des évolutions sont possibles: la dénomination « franc » chargée d’histoire et d’insinuations possibles, le lien unique avec le franc CFA ouvrant de nouvelles perspectives de convertibilité, la gestion de l’institut d’émission, etc.

Les modèles que nous venons de présenter brièvement ne sont pas forcément corrélés au fait d’être capitaliste, libéral, socialiste ou autres. Ils ont tout de même quelque chose de commun :

  • Ils ont misé sur un vortex stratégique, en somme un portefeuille stratégique capable de se diversifier, de créer de la richesse, impulsé par l’état ou/et les entrepreneurs, selon les pays.
  • Ils ont fortifié la recherche-développement, les universités, les technologies, la flexibilité en affaires, la culture entrepreneuriale, des travailleurs hautement qualifiés, le capital-risque.
  • Ils ont privilégié la méritocratie, le management de qualité, le leadership transformationnel, la mobilisation et des incitations ou récompenses aux acteurs et leviers du changement.
  • Ils honorent des penseurs, des entrepreneurs, les experts, tous ces artistes et artisans pas simplement les militants sortis du néant qui dépouillent les autres sénégalais.
  • Ils ont su réinventer les modalités de gestion de la méritocratie et des performances esquissées dans le discours-programme et plus largement dans le document de programme.
  • Ils ont parié sur de sérieuse réformes de l’Etat et la débureaucratisation, la gestion et l’audit des performances, la zéro-tolérance pour la corruption, la méritocratie par des pratiques saines de recrutements, de nouveaux pouvoirs de contrôle, la publicité des rapports de contrôle dans certaines conditions, une gouvernance préventive et de gestion des priorités, etc.
  •  Ils ont ce talent des leaders entrepreneuriaux, de grands managers capables de macro-vision, de positionnement sur des niches qui présentent des fortes capacités de création de richesses, comme ces nouvelles filières proposées par notre programme .
  • Ils ont été capables de concrétiser une gouvernance de proximité: c’est tout le sens de cette chaine d’acteurs et de professions que notre programme entend honorer et mobiliser et ce credo de recul de la pauvreté développé à plusieurs endroits du discours-programme.
  • Ils sont courageux et capables d’arbitrer des choix difficiles comme le redéploiement des ressources de la capitale vers les autres pôles territoriaux, les collectivités locales et les banlieues, de dire NON aux groupes de pressions, rentiers, prédateurs des richesses naturelles .
  • Ils peuvent vaincre ces vieilles résistances vers une authentique et équitable fiscalité locale, etc.
  • Parallèlement, on aura mis de l’ordre dans les finances publiques, restructuré l’administration, institué les 25 ministères, éliminé les duplications, fusionné ce qui doit l’être, réalloué les ressources publiques, éliminé les fraudes, la corruption et les gaspillages, etc.
  • Voilà une liste de critères qui auraient dû nourrir les choix des électeurs et votants. Si l’on veut de vraies transformations, allons au fond des choses. Formalisez votre faisceau de critères et d’indices avant de choisir!

En fait, il faut du leadership et un passé prouvés : M. Mbaye a suffisamment démontré qu’il en a. Le talentueux Koutia qui a égayé les participants à un moment donné l’a si brillamment résumé et illustré ses contributions passées: western union puis MoneyGram au sénégal qui permet aujourd’hui à des millions de sénégalais de faire des transferts à travers le monde, l’accès au crédit des commerçants, redressement de banques, la politique des logements dont des centaines de milliers de sénégalais bénéficient aujourd’hui par le redressement de la BHS qui aurait pu disparaître, sa promotion obstinée d’hommes d’affaires sénégalais parmi lesquels on peut citer Yerim Sow ou Ameth Amar, modèles parmi d’autres capitaines. En cherchant un peu, on pourrait aussi citer le développement de la notoriété de l’athlétisme sénégalais, son combat pour le développement des moyens de paiement alternatifs, de la monnaie plastique, etc. Evidemment, il est de ces gens qui admirent encore les styles des révolutionnaires d’autrefois. Cela ne tient pas lieu de politique, ni d’expertises avérées. Regardez autour de vous ! Ce ne sont pas ces gens qui ont changé le monde jusqu’ici.
Au total, ce discours refuse l’enfermement du programme ACT dans une idéologie ou un tiroir de pensée économique. Il est le programme le plus cohérent jamais présenté par un parti au Sénégal car éloigné d’une litanie de mesures et promesses, et proposant par contre une cohérence construite à partir de solutions à apporter aux problèmes majeurs vécus par les Sénégalais dans un contexte mondial, régional et monétaire dont il est tenu compte avec réalisme. Il a été élaboré autour d’une vaste enquête citoyenne et des échanges citoyens avec la force laborieuse du Sénégal et non par des experts dans des bureaux. Au fond, par ce discours-programme, ce sont plus que des réformes… « Des révolutions », criait quelqu’un dans la foule ce jour-là du 30 septembre. En tout cas, au moins, une vraie rupture ! En fait, les compagnons de l’ACT croient que les sénégalais peuvent transformer le sable en or et en silicone, qu’il y a des gisements de potentiel qui dorment et qu’un nouveau leadership doit les réveiller.
Si Dr. SARR croit vraiment en ce qu’il dit, des politiques qui permettent aux gens de réaliser leurs rêves et leurs plans, la redéfinition du rôle de la monnaie, la signification et la portée de la décentralisation, le développement des exportations, etc., son camp est plutôt du côté des gens qui pensent comme Abdoul Mbaye. En réalité, un des grands défis de la politique au Sénégal est que les gens qui se ressemblent s’assemblent… Mails la grande difficulté, c’est aussi de s’oublier !

[1] Nous encourageons les sénégalais à lire le livre de Abdoul Mbaye  « SERVIR » paru aux Editions DIDACTIKA qui donne la preuve de telles capacités par de nombreux exemple d’arbitrage dans plusieurs secteurs (énergie, prix, inondations, électricité, etc.) lorsqu’il était premier ministre.

Abdou Karim GUEYE, écrivain et Inspecteur général d’Etat à la retraite. Ancien directeur général de l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature du Sénégal (ENAM). Membre du parti Alliance pour la Citoyenneté et le Travail, il est le Conseiller du Président Abdoul Mbaye en gouvernance publique et membre du conseil national de ce parti.

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