Concepts et paradigmes de l’audit face à la gouvernance et au management public


Evolution et potentiel de jonction des concepts et paradigmes de la gouvernance, des audits et du management public – Abdou Karim Gueye, Inspecteur général d’Etat

Une rétrospective de ce qui a été appelé le nouveau management public (NMP), de la gouvernance publique, de l’obligation de rendre compte et de l’audit dans le secteur public permet de constater un système intégré où chaque élément demeure un sous-système nécessaire. Progressivement, prend donc forme une vision systémique de la démarche d’audit dans le secteur public. En fait, la gestion publique est passée d’un processus axé sur la logique administrative de compte rendu à une logique managériale qui s’est élargie en direction du concept de gouvernance. Aussi, existe-t-il une variété d’audits : comptable et financier, de performance, de la qualité, etc. Les approches sectorielles s’intègrent, d’où divers concepts comme ceux d’audit à objectif étendu ou de vérification intégrée, de full coverage audit, etc. Dès lors, il s’agit d’élargir la perspective, en tenant compte de l’approche systémique. En effet, une organisation est un système Cela est bien connu depuis longtemps. Ainsi, dans la théorie des organisations, l’on a déjà rappelé qu’un système est un ensemble d’éléments, appelés sous-systèmes inter-reliés, chacun desdits sous-systèmes contribuant à l’équilibre global du système. L’approche systémique à objectif étendu et intégrée, permet de les combiner, chaque fois, qu’au cours d’un processus de vérification, émergent des questions importantes concernant un ou plusieurs aspects habituellement pris en compte par des audits spécifiques. Une entité est ainsi perçue comme un système composé de sous-systèmes. C’est aussi, ce que l’on demande aux managers contemporains qui sont censés définir une vision et une stratégie, et capables d’analyser, d’agir, d’atteindre, d’aiguillonner et d’apprécier (Les cinq A). Alors, se pose la problématique de penser et de manipuler ensemble les sous-systèmes décrits ci-dessous.

Le sous-système de gestion et de planification stratégique définit et contrôle les grandes orientations stratégiques, dans un souci d’efficacité, à terme, dont il faut alors vérifier la pertinence, l’efficience des processus sous-jacents et l’aspect lié au degré d’atteinte des résultats prévus. Au niveau de la haute direction (Top management), l’on définit les objectifs de l’entité, à partir des données de l’environnement interne et externe corrélées avec la raison d’être de l’organisation, qui requiert des processus de planification stratégique efficients et dont la finalité est une meilleure atteinte de résultats planifiés. L’audit stratégique et la vérification de l’efficacité de la gestion et de la planification stratégique permettent ainsi d’exprimer une opinion sur la pertinence, l’exhaustivité, l’adéquation des objectifs…

Le sous-système de gouvernance organisationnelle constitué de structures de gestion, des postes de travail et du système d’information de gestion, s’appuie également sur des outils, des processus et des pratiques de gestion, mais aussi sur un leadership susceptible de galvaniser l’atteinte de performances. Par ce sous-système, l’entité se dote de structures, de fonctions et d’outils, de postes de travail et d’un système d’information de gestion des performances. Corrélativement, se pose alors l’enjeu de la pertinence des indicateurs. Auditer l’efficacité organisationnelle, c’est notamment évaluer les structures, les postes de travail, l’adéquation des fonctions et des outils y afférents, le système d’information de gestion, sans exclure les capacités de leadership.

Le sous-système de gestion et d’optimisation des ressources est ou doit être guidé par des critères d’efficience, d’économie, de contrôle interne, d’allocation pertinente en direction de la véritable raison-d’être de l’entité vérifiée, etc. Il doit tendre à optimiser les intrants, qu’il s’agisse de ressources matérielles, humaines, financières, informationnelles, grâce à la meilleure allocation et utilisation possibles des ressources aux objectifs, aux résultats et aux métiers de l’entité.

Enfin, le sous-système opérationnel réalise les activités et les programmes de l’entité, en consommant des ressources (intrants), dont la finalité est l’action, des extrants, voire des impacts déterminés, à l’avance. En effet, pour réaliser sa mission, le système reçoit de telles ressources, pour générer et offrir des produits et des services à des tiers, qui sont des bénéficiaires, des clients, les citoyens ou des usagers, voire les stakeholders.

En élargissant quelque peu l’analyse, l’approche induite commande, en abordant une entité à auditer, de prendre en compte les dimensions suivantes :

· les Mandats, Objectifs, Stratégie et Tactique, le MOST ;

· les Structures, Postes de Travail, le Système d’information de gestion ;

· les Activités et les Pratiques de gestion ;

· les ressources humaines, matérielles, informationnelles, financières, y compris le temps qui sera considéré comme une ressource, surtout quand il s’agira d’évaluer l’efficience, la productivité ou le déroulement des processus, notamment d’un projet.

Incidences possibles sur les approches d’audit ou de la variété des audits et de leur intégration

En fait l’auditeur ne fait que vérifier, par des critères pertinents, ce qui est exigé d’un bon ou rationnel manager. L’approche ci-dessus consacre le fait que pour fonctionner convenablement, une organisation doit :

· disposer d’une stratégie claire et d’une vision cohérente, élaborées à partir des données de l’environnement, qui permet de savoir où aller et comment y aller ;

· construire un dispositif organisationnel bâti autour de structures adéquates, de postes de travail définis et d’un système d’information de gestion pertinent qui permet le suivi et l’évaluation des activités et des programmes, de façon plus globale, des performances ;

· atteindre, de façon planifiée et vérifiable, ses objectifs, par des activités et programmes adaptés, conformes à l’environnement et aux besoins futurs ;

· utiliser, de la meilleure manière possible, les ressources humaines, matérielles, financières, informationnelles, de temps.

« Savoir où aller, quant, qui, comment y aller de la meilleure manière possible », c’est un peu le paradigme à préserver.

C’est la présente démarche qui intègre les évolutions contemporaines des sciences administratives reconnues depuis longtemps, par le management des organisations. Aussi, l’approche systémique et intégrée, voire élargie, doit-elle, procéder, en fonction des nécessités, des dysfonctionnements potentiels appréhendés et des risques potentiels, à l’exploration des différents aspects précités.

Enseignements et leçons apprises

Personnellement, au terme de plusieurs années de recherches et de comparaison internationales, l’évolution vers l’audit élargi me semble décisivement entamée, avec parfois quelques hésitations insuffisamment assumées, dans certains pays ou organisations. Selon la logique de l’évolution ci-dessus, la gestion des ressources financières ne devrait être qu’un sous-système au sein de l’audit élargi ou intégré ; en somme les ressources financières ne sont que la traduction monétaire des intrants, à côté d’autres catégories de ressources, humaines, matérielles, informationnelles, le Temps, qui ont une corrélation étroite avec l’efficacité, l’efficience, l’économie et la conformité. A cet égard, on comprend aisément le changement d’appellation du General Accounting Office en General Accountability Office.

La démarche de « classification » proposée ci-dessus autour d’une approche systémique basée sur les quatre niveaux de l’organisation, en l’occurrence la stratégie, l’organisation, les opérations ou activités, et les ressources, constitue la voie ; ce que des doctrinaires du management avaient effectué depuis bien des années, au terme d’une large évolution doctrinale. Cette approche relègue les finances à sa juste place, permet d’élargir et d’intégrer les concepts d’efficacité, d’efficience et d’économie et ouvre la porte à bien d’autres critères comme la pertinence, l’adéquation, l’équité, l’accessibilité, etc. En outre, elle permet d’intégrer dans l’audit dans le secteur public, la démarche d’évaluation des projets et des programmes, ainsi que la gestion axée sur les résultats qui est la norme contemporaine du management.

Un autre enjeu me semble aussi eu égard à l’évolution décrite, la redéfinition de audits, en ce qui concerne les projets et programmes financés en Afrique, avec l’emphase, certes normale, sur l’audit des comptes, laquelle devrait être tempérée, sinon enrichie, par des audits intégrés et élargis de performance, ne serait-ce qu’à mi-parcours. Ce serait le meilleur moyen de corréler le management desdits projets et programmes à la tendance dominante de gestion axée sur les résultats, la volonté d’aboutir à des impacts, réaffirmée lors de la conférence de Monterrey, et pour nous les africains, de nous assurer que nos gestionnaires ont une vision stratégique, sont orientés vers les résultats et les performances, ont des capacités de gestion stratégique. Comme cela est écrit, par ailleurs, par des études aussi passionnantes les unes que les autres (Peter dans son ouvrage le Prix de l’Excellence, David Osborne et Ted Gaebler dans Réinventer le Gouvernement, etc.), il n’y a pas d’excellence, sans vision, sans planification stratégique, sans culture de résultats. Le management, c’est un peu l’art de maîtriser le destin d’une organisation. La maîtrise des enjeux managériaux ci-dessus ouvre la porte à une intégration très poussée de l’audit avec le management des organisations.

Publicités

Catégories :Non classé

Tagué:

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s